Réflexions sur les comptages en 2019.

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Après l’excellente année 2018 il fallait confirmer l’intérêt du Fort de l’Eve et compléter les connaissances sur la migration diurne postnuptiale. Tous les efforts ont été concentrés sur ce lieu afin d’avoir une qualité de suivi maximale. Il y a eu 101 séances d’observation en tout. On ne peut pas rêver mieux. Les observations ont été quotidiennes du 8/09 au 1/12. Auparavant il y a eu 4 séances d’observation en septembre avant le 6/09, et 13 séances en août. Ces observations en début de saison postnuptiale ont été instructives car très peu effectuées les autres années. C’est ainsi que nous avons bien progressé dans la connaissance du passage des hirondelles. Merci aux observateurs qui se sont investis dans cette tâche.

La météo n’a pas été aussi favorable qu’en 2018. Après un été extrêmement sec, un régime prédominant de vents d’Ouest avec des pluies fréquentes s’est mis en place à partir de la troisième décade de septembre. Les observations n’ont pas toujours été faciles. Le flux migratoire qui, en 2018, a presque toujours suivi la côte dans le sens Le Croisic-Saint-Nazaire s’est souvent inversé en 2019, donc de Saint-Nazaire vers le Croisic. En effet les passereaux aiment franchir l’estuaire face à un vent faible ou moyen. Dans ces circonstances il est probable que de nombreux oiseaux arrivant du Nord ou de l’Est aient traversé l’estuaire entre Donges et Saint-Nazaire en volant « en crabe » face au vent d’Ouest et ne soient pas allés jusqu’au Fort de l’Eve. Quant à ceux qui sont passés au Fort de l’Eve en direction de l’Ouest, peut-être ont-ils franchi l’estuaire à la pointe de Chémoulin ou ont-ils fait demi-tour. La migration semblait quelquefois chaotique. Quelques épisodes de vent du secteur Sud rendaient également la détection difficile car les oiseaux arrivant du Nord prenaient de l’altitude avant de franchir l’estuaire et pouvaient le franchir n’importe où sans passer forcément par le Fort de l’Eve. Ce fut le cas le 17/10, par un vent de Sud-Sud-Est de 11 km/h : les oiseaux franchissaient l’estuaire au-dessus de nous, mais également aussi loin que le regard pouvait porter vers l’Ouest et vers l’Est. A cette distance les oiseaux n’étaient que de petits points dans le ciel, d’où un chiffre important de non-identifiés : 765. Ce jour-là des milliers d’oiseaux ont pu franchir l’estuaire et échapper à notre détection. Cela confirme ce qui a déjà été compris les années précédentes : le Fort de l’Eve est un site migratoire au débit moins important que d’autres grands sites migratoires côtiers où tout le flux se concentre en un seul point ( Banc de l’Ilette, Falaises de Carolles, Pointe de l’Aiguillon etc.). En effet, pour franchir l’estuaire, il y a plusieurs points de passage. Pour compliquer le tout, certaines espèces qui ne craignent pas de voler au-dessus de la mer (hirondelles, pipits etc.) peuvent opter pour un point de passage alors que d’autres qui sont moins hardies ( grives, pinsons etc.) peuvent prendre un chemin différent.

Par rapport à la saison postnuptiale précédente, en France, il y a eu une baisse du flux côtier et une augmentation du flux continental. Ainsi, à la colline de Sion (site continental Est) il y a eu 833 000 oiseaux en 2019 au lieu de 266 000 en 2018. Au Fort de l’Eve il y a eu une forte baisse par rapport à l’an dernier : 141 000 en 2019, au lieu de 222 000 en 2018. Beaucoup d’espèces sont en baisse, mais c’est surtout la baisse spectaculaire des pinsons (51 000 au lieu de 132 000) qui explique ce déficit Le flux côtier a peut-être été moins bien détecté à cause de la météo défavorable qui a empêché une bonne compression du flux. Les populations des espèces qui traditionnellement migrent par la voie côtière ont-elles eu un mauvais succès de reproduction ?  Une abondance inhabituelle de nourriture sur le trajet migratoire en Europe du Nord et de l’Est a-t-elle incité les oiseaux à raccourcir leur trajet migratoire ? En réalité les explications peuvent être nombreuses. Les paramètres migratoires ne sont pas tous bien connus.

Nous nous sommes déjà interrogés les années précédentes sur ce qu’il advenait des oiseaux qui passaient en masse sur les sites côtiers de la Manche et qui n’étaient plus détectés par la suite. La même interrogation subsiste en 2019 puisque les effectifs observés à Noirmont Point (Ile de Jersey) et Planguenoual (Côte d’Armor) ne réapparaissent pas, comme la logique le voudrait, à l’estuaire de la Loire. Par exemple 154 000 Pinsons sont passés à Planguenoual/Côtes d’Armor (et le site n’a pas été suivi tous les jours !) et seulement 52000 ont été vus au Fort de l’Eve, lesquels pouvant aussi provenir du flux continental sans être passée par Plangenoual. Nous avions déjà constaté les années précédentes que la Bretagne occasionnait une rupture dans le flux côtier presque linéaire depuis la Belgique. Ces oiseaux hivernent ils en Bretagne ? Quittent-ils la Bretagne en une migration rampante indétectable ?

Nouveauté 2019 : nous avons publié quotidiennement nos chiffres sur le site web « migraction.net ». Nous trouvons fort utile et agréable de consulter tous les jours les observations des autres sites migratoires. Parallèlement j’espère que nos collègues trouvent également de l’intérêt à consulter nos observations. Rappel : les deux sites web permettant de suivre la migration au quotidien sont : « migraction.net » et « trektellen.nl ».

Comme l’an dernier, Joël Fièvre et Joël Bourles ont assuré l’essentiel des comptages.


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