Les grandes voies migratoires

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Victor LERAY, 21/11/2017

Pour comprendre le flux migratoire postnuptial diurne à Penchateau et au Fort de l’Eve il faut se situer dans un contexte national, voire européen. Voici une présentation simplifiée des grandes voies migratoires. La migration nocturne, qui, en effectifs, est encore plus importante, n’est pas concernée ici car elle est presque invisible. On ne peut la détecter que par l’apparition, à certains endroits, d’espèces ou d’effectifs inhabituels, ou par le baguage.

La migration postnuptiale diurne se fait surtout du Nord-Est au Sud-Ouest, sur la largeur totale du pays. Le flux se compresse sur la côte et est diffus à l’intérieur du pays, mais des particularité géographiques, telles que le relief, créent aussi des zones de compression. La largeur des voies migratoires et leur position varient aussi selon les conditions météo. Il n’est pas impossible que des oiseaux changent de voie en cours de migration.

Le flux de la Manche est le plus visible. Il se heurte à la mer sur la côte Ouest du Cotentin et glisse vers le Sud et la Bretagne. Le flux semble alors se décompresser en Bretagne comme dans un énorme vase d’expansion. Au Sud de Carolles et de Saint-Brieuc (La Cotentin/Planguenoual) le flux n’est plus détecté.

Le flux continental Ouest passe approximativement par le bassin parisien et rejoint le littoral atlantique au sud de la Bretagne. Le site de migration représentatif de ce flux est le site de Brassoir au nord de Paris.

Le flux continental Est concerne les oiseaux d’Europe centrale qui contournent  l’arc alpin vers l’Ouest. Une partie des oiseaux passe à l’ouest du Massif Central et l’autre partie passe par le couloir rhodanien. Le site représentatif de ce flux est la Colline de Sion.

Un flux, de bien moindre importance que le flux de la Manche, est détecté au Nord de l’estuaire de la Loire pour les oiseaux qui cherchent à franchir cet obstacle naturel. Ce flux est remarqué à partir de la pointe de Penchateau (Le Pouliguen/ Loire Atlantique). C’est le début du flux atlantique qui se prolonge vers le Sud et qui est alimenté, surtout en Vendée, par le flux continental.

Quelques remarques à propos de ces flux, en se référant aux numéros sur la carte :

1 : Sandwich Bay Bird Observatory / Grande-Bretagne, au détroit du Pas de Calais qui fait seulement 33 km de large. Nos amis anglais, qui sont pourtant les meilleurs ornithologues du monde et les plus nombreux, ne font apparemment pas de comptages journaliers. Quelques comptages irréguliers sont publiés sur Trektellen  http://www.trektellen.nl/count/view/440/20171008 . C’est bien frustrant car ce flux est probablement un gros affluent du flux de la Manche. Environ 160 000 oiseaux comptés en 2017 dont une journée mémorable le 20/09/2017 avec 100 000 Hirondelles de fenêtre et 40 000 Hirondelles rustiques. Ces hirondelles n’ont apparemment pas intégré le flux de la Manche mais plutôt le flux continental et surtout le flux rhodanien.

2 : Christchuch Harbour (Dorset, Grande-Bretagne) http://www.trektellen.nl/count/view/781/20171120 : un site qui a été compté presque tous les jours en postnuptial 2017 et qui montre la complexité de la migration au sud de la Grande-Bretagne : 100 185 oiseaux dont 8 222 vers l’Est et 91 963 vers l’Ouest. Ceux qui vont vers l’Est sont susceptibles de franchir la Manche au Pas de Calais et alimenter le flux de la Manche, mais que penser de ceux qui vont vers l’Ouest ? Vont-ils franchir la Manche plus loin ou vont-ils rester hiverner dans l’Ouest de la Grande-Bretagne ?

3 : Start Point (Devon, Grande-Bretagne) http://www.trektellen.nl/count/view/1551/20171028 : ce site a été compté seulement 8 fois en octobre 2017 : 100 835 oiseaux dont 94 000 Pigeons ramiers (tous vus le 28/10). Tous les oiseaux volaient vers le Sud-Ouest. A la même période il y avait un afflux (de moindre importance) de Pigeons ramiers à Noirmont-Point/Jersey et à Carolles. Sont-ce les mêmes ?

4 : Cap de la Hève/Le Havre (76) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=11&graph=synthesis&action=list : ce site situé en plein dans le flux de la Manche, à l’estuaire de la Seine, ressemble au Fort de l’Eve à l’estuaire de la Loire. En effet l’estuaire est un obstacle naturel et le flux se concentre avant le franchissement. Malheureusement il n’a été suivi que 5 jours en postnuptial 2017, pour un total de 79 857 oiseaux. Ce score montre l’extraordinaire potentiel du site.

5 : Les falaises de Carolles (50) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=12&graph=synthesis&action=list : c’est la porte d’entrée Nord de la Bretagne. Le flux de la Manche s’y concentre avant de se diluer. Une partie est retrouvée à Saint-Brieuc (Planguenoual) et le reste disparaît. Les oiseaux restent-ils en Bretagne pour hiverner ou y a-t-il une voie que nous n’avons pas encore découverte ? Les falaises de Carolles sont de loin le plus gros site français pour la migration diurne postnuptiale : 790 977 oiseaux en 2017.

6 : Noirmont-Point (Jersey) http://www.trektellen.nl/count/view/495/20171029 : c’est la pointe Sud des iles Anglo-Normandes. Ce site est alimenté par le flux de la Manche quand les conditions météo sont favorables et par les espèces qui ne craignent pas de franchir les 30 km qui le séparent du continent. Des oiseaux arrivent aussi probablement directement de Grande-Bretagne. Les oiseaux qui quittent l’île vers le Sud peuvent se retrouver aux falaises de Carolles, aux îles Chausey et peut-être directement sur la côte Nord de la Bretagne. Le comptage a été fait tous les jours en postnuptial 2017 : environ 140 000 oiseaux.

7 : Planguenoual /La Cotentin /Saint-Brieuc (22) http://www.trektellen.nl/count/view/1350/20171120 : c’est le dernier site connu avant la disparition du flux de la Manche. Il est la suite logique de Carolles avec peut-être un apport direct de la Grande-Bretagne. Plus de 250 000 oiseaux comptés en postnuptial 2017 alors que le site n’a pas été suivi tous les jours. Il y a donc un très gros potentiel, mais les oiseaux de Carolles ne passent pas tous par là. La dispersion du flux de la Manche en Bretagne est un phénomène encore mal expliqué.

8 : Brassoir (80) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=93&graph=synthesis&action=list : c’est un site représentatif du flux continental Ouest en paysage de plaine, donc sans influence de la mer ou du relief. On constate que les effectifs par espèces sont différents de ceux du flux côtier. Le suivi postnuptial 2017 a été fait presque tous les jours : 171 646 oiseaux.

9 : Port Barbe / La Chapelle-sur-Erdre (44) : site découvert en 2015 par Abel Prampart. Le site voit peut-être passer des oiseaux originaires du flux de la Manche après la dispersion au sud de Carolles mais aussi (et surtout ?) des oiseaux du flux continental. 

10 : Côte Nord de l’estuaire de la Loire : Pointe de Penchateau, Fort de l’Eve et Donges (44). Le site de la pointe de Penchateau a été découvert en 2013 par Victor Leray. Il a, pour la première fois, été compté tous les jours en octobre 2017 et de nombreux jours en août, septembre et novembre grâce à la mobilisation des observateurs de la LPO Loire-Atlantique et d’autres ornithologues. On y voit la renaissance d’un flux côtier après la disparition du flux de la Manche au sud de Carolles. Moins de 10% des effectifs de Carolles sont comptés à Penchateau, soit un peu plus de 62 000 oiseaux, sans que l’on sache vraiment si ces oiseaux sont réellement passés par Carolles ou s’ils proviennent de la frange Nord-Ouest du flux continental . C’est le début du flux atlantique, logiquement alimenté plus au sud, en Vendée et Charente-Maritime, par le flux continental lorsqu’il atteint la côte. Les autres sites : Fort de l’Eve et Donges se situent à l’Est de Penchateau sur le trajet des oiseaux qui veulent franchir l’estuaire.

11 : Lyarne / Les Moutiers-en-Retz (44) : après le franchissement de l’estuaire de la Loire les oiseaux devraient logiquement se rapprocher de la côte et tous passer par Lyarne. Or il semble que les effectifs totaux et par espèces y soient un peu différents. Ce site serait-il situé en marge du flux atlantique ? Y a-t-il déjà une influence du flux continental qui rejoint le flux atlantique ? Le site de Lyarne a été compté de nombreux jours en postnuptial 2017 : environ 15 000 oiseaux.

12 : Pointe de l’Aiguillon (85) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=25&graph=synthesis&action=list  : c’est le principal site du flux atlantique. Il semble que l’apport du flux continental y soit très important. La migration postnuptiale y est suivie quotidiennement depuis de nombreuses années. Les chiffres sont élevés : plus de 333 000 oiseaux.

13 : Col d’Organbidexka (64) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=22&graph=synthesis&action=list : ce site est surtout célèbre pour les oiseaux planeurs : rapaces, cigognes etc, mais les passereaux y passent aussi. Les flux atlantiques et continentaux ont perdu une partie de leurs effectifs en cours de route à cause des oiseaux qui s’arrêtent pour hiverner, mais les effectifs au col ne sont pas négligeables avec, par exemple, environ 50 000 Pinsons des arbres en 2017.

14 : Colline de Sion (54) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=48&graph=synthesis&action=list : ce site est représentatif du flux continental Est, influençé par le relief. Logiquement les oiseaux devraient poursuivre leur route par le couloir rhodanien mais certains oiseaux peuvent aussi rejoindre le flux continental Ouest. Ce site est compté tous les jours en saison : environ 373 000 oiseaux en 2017.

15 : Défilé de l’Ecluse (74) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=3&graph=synthesis&action=list : ce site est situé dans la partie amont du couloir rhodanien. L’orientation du flux est fortement influençée par les montagnes environnantes. Ce site est suivi quotidiennement en saison depuis plusieurs années. Score 2017 : plus de 550 000 oiseaux.

16 : La Cerdagne-Eyne (66) https://www.migraction.net/index.php?m_id=112&frmSite=45&graph=synthesis&action=list : ce site est surtout connu pour les rapaces et autres planeurs mais il y a aussi de grosses journées de passereaux. Score 2017 : plus de 140 000 oiseaux.

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